Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/52

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— Qu’as-tu donc ? — dit l’évêque au comte, — tu es triste, tu ne bois plus… Tout à l’heure fratricide, tu es maintenant, de par mon absolution, blanc comme neige… déride-toi donc ; ta conscience n’est-elle pas nette ? réponds donc… M’aurais-tu caché quelque autre crime ?… le moment serait mal choisi… tu l’as vu, l’enfer n’est pas loin…

— Tais-toi, patron… tais-toi… je me sens si faible, que je ne porterais pas un chevreuil sur mes épaules, moi qui porterais un sanglier… N’abandonne pas ton fils en Christ ! toi, qui peux conjurer les démons, je ne te quitterai pas d’ici au jour…

— Tu me quitteras pourtant tout à l’heure, lorsque la petite esclave sera venue ; il faudra que je la conduise au gynécée de Fulvie, autrefois ma femme selon la chair, aujourd’hui ma sœur en Dieu.

— Aussi vrai qu’un de mes aïeux s’appelait l’Aigle terrible en Germanie, je ne te quitterai pas plus que ton ombre…

— Un des aïeux de ce Neroweg se nommait l’Aigle terrible en Germanie… la rencontre est étrange, — pensait l’ermite… — Ainsi nos deux races ennemies, Franke et Gauloise, se sont rencontrées, se rencontrent… se rencontreront peut-être encore à travers les âges…

— Bon patron, — dit Neroweg, — d’ici au jour, je ne te quitterai pas plus que ton ombre.

— Comte, prends garde… ta terreur me prouve que ton âme n’est pas tranquille… avoue-le, tu ne m’as pas tout dit ?

— Si, si, je t’ai tout dit.

— Dieu le veuille, pour le salut de ton âme… Mais déride-toi donc… tiens, parlons un peu de chasse… comme toi, je suis fin veneur ; cette conversation t’égayera… Et à propos de chasse, un reproche.

— À moi ?

— À toi ou à tes esclaves forestiers… L’autre jour ils sont venus lancer trois cerfs au milieu des bois de l’Église… tu sais, dans l’en-