Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/115

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Le charron ne répondit pas… Ses yeux demeurèrent fixes et demi-clos ; il agita faiblement les bras, et ses lèvres balbutièrent quelques mots sans suite.

— Papa dort… et il rêve, — se dit l’enfant en s’asseyant avec circonspection au bord du lit de son père ; puis attendant sans doute son réveil, elle se mit, tout en chantonnant, à jouer avec la couronne qu’elle ôta de sa tête, et dont le feuillage argenté mêlé de rose semblait surtout exciter son admiration.

Jamais, non, jamais je n’oublierai l’impression profonde, étrange que, malgré mon âge, me causa la vue de cette enfant charmante, vêtue de rose et de paillettes, assise dans cette sombre demeure sur un misérable grabat, auprès de ce père presque moribond.

Pendant ce temps-là mon maître, tenant son sac d’argent par le fond, et s’approchant de la femme du charron, avait fait pleuvoir sur les lambeaux de couverture qui couvraient ses genoux, une assez grande quantité de pièces de cent sous… trois cents francs, je crois…

Puis, tirant de sa poche un papier tout préparé, et un de ces écritoires de corne dont se servent les écoliers, il y trempa une plume de fer, la présenta à la femme du charron ainsi que le papier, et lui dit :

— Signez cela, ma chère dame… Ce bon souper est à vos enfants, cet argent est à vous… le sort de la petite Jeannette assuré… sans compter que…

Un grand cri du charron interrompit mon maître.

Je n’avais pas quitté Jeannette des yeux, aucun des mouvements de son père ne m’avait non plus échappé…