Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/114

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se laissait vêtir avec un étonnement mêlé d’une joie naïve de se voir si belle, tandis que sa mère disait à la Levrasse :

— Mais, Monsieur, pourquoi habillez-vous donc notre petite de ces… ?

La Levrasse porta de nouveau son doigt à ses lèvres, imposa silence à la femme du charron, et, amenant Jeannette auprès d’elle, lui dit :

— Voyez votre fille… n’est-elle pas, ainsi, gentille à croquer ? Et vous, — ajouta-t-il en se tournant vers les autres enfants, — voyez-vous comme votre sœur est brave, mes petits amis ?

Parmi ceux-ci, les uns n’avaient pas été distraits de l’attention famélique qu’ils portaient au repas ; les autres avaient silencieusement assisté à la transfiguration de leur sœur ; mais, tous, à la voix de la Levrasse, s’écrièrent :

— Oh ! qu’elle est belle ainsi, Jeannette,… qu’elle est belle !

— C’est comme un petit Jésus de cire, — dit l’un.

— C’est une robe de sainte, — dit l’autre.

Et, pour un instant, la faim fut oubliée pour la contemplation des éblouissants atours de Jeannette. Mon maître alors, comme dernier moyen de séduction sans doute, tira de sa poche un sac d’argent, et abandonna un instant la main de Jeannette.

L’enfant courut aussitôt près du grabat de son père, y monta, et, tout heureuse, toute souriante, se pencha vers lui, baisa son visage livide et froid en lui disant :

— Papa… vois donc… comme je suis belle… vois donc !