Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/127

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— Oui, bien vrai !… — lui répondis-je.

— Donne… — dit l’enfant.

Et elle but d’un trait ce que je lui présentais.

De ce moment, elle me témoigna quelque confiance, me demandant sans cesse quand elle reverrait son père.

Les conseils et l’exemple de Bamboche, la peur des mauvais traitements, la nécessité de cacher ou de pallier mes fautes à mes terribles instituteurs, m’avaient déjà familiarisé avec le mensonge ; il me fut facile de tromper la candeur de Basquine en lui faisant espérer et attendre de jour en jour la venue de son père, qui, ajoutai-je, l’emmènerait certainement avec lui.

Ces tromperies du moins aidèrent à sa guérison ; elle se résigna dès lors à suivre toutes les prescriptions du médecin, et, l’espérance de retourner bientôt dans sa famille la tranquillisant, sa santé s’améliora chaque jour.

Il m’est resté une impression ineffaçable de mes premières conversations enfantines avec Basquine, et, en rassemblant à cette heure ces souvenirs toujours si présents, je suis frappé de tout ce qu’il y avait naturellement de droit, d’honnête et de loyal dans l’éducation ou plutôt dans les exemples donnés par le charron à son enfant, car ordinairement à l’exemple seul se borne l’éducation du pauvre, et presque toujours l’on peut, en parlant de nous autres gens du peuple, dire avec une certitude absolue, soit en mal, soit en bien :

Tels parents, tels enfants

Aussi, à juger d’après Basquine, son père devait être laborieux, probe, d’une conduite exemplaire. Quant à la femme du charron, elle devait partager cette touchante