Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/155

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


pignaient tous comme des furieux, tant ils te trouvaient gentille…

— Eh bien ! j’ai eu aussi grand’peur que s’ils m’avaient rappelée pour me faire du mal, et j’ai dit en moi-même, comme autrefois maman me le faisait dire chez nous : — Bonne Sainte-Vierge… mère du bon Dieu, ayez pitié de moi…

Était-ce instinct ? pressentiment de tout ce qu’il devait y avoir de funeste pour elle dans cette carrière où elle entrait ? Je ne sais, mais, quoique enfant, cette singularité de Basquine me frappa beaucoup.

— De quoi pouvais-tu avoir peur, — lui dis-je, — et pourquoi demander à la bonne Vierge d’avoir pitié de toi ? Tu n’avais jamais mieux flambé [1].

— C’est vrai, — répondit Basquine en essuyant ses larmes, — et pourtant ça m’a fait peur… C’est la première fois que cela m’arrive.

Puis elle ajouta d’un ton craintif :

— Mais n’en dis rien à Bamboche… il me battrait pour me punir d’être peureuse… et il serait ensuite à se martyriser, ce qui me fait tant de peine.

Bamboche, mettant en effet à exécution les ignobles principes du cul-de-jatte sur l’art de se faire aimer, battait quelquefois Basquine, puis, aussitôt après, par une étrange idée de compensation, il se causait à lui-même une douleur physique dix fois plus vive que celle dont Basquine avait souffert, et lui disait, en endurant cette torture avec un courage héroïque :

— Je t’ai battu pour te montrer que je suis ton maître,

  1. Mieux réussi, en argot des saltimbanques.