Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/166

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À ce moment les cris de bis retentirent avec plus de force.

Basquine, dont l’exaltation était alors un peu calmée, fit un imperceptible mouvement d’épaules, et, me montrant le public d’un regard moqueur, me dit d’une voix encore palpitante de l’émotion du triomphe :

— Vois-tu, le pingoin [1], comme il s’allume… ça n’est rien… À la reprise je vas l’incendier.

— Et moi… je t’étrangle… si tu fais bis… Je ne veux plus que le pitre te touche et te regarde comme il l’a fait, — murmura derrière moi une voix sourde et courroucée.

Je me retournai.

C’était Bamboche, pâle, la figure bouleversée par la colère et par la jalousie.

— Mon Dieu !… ce n’est pas ma faute,… c’est dans le rôle, — dit Basquine, toute tremblante, en se retournant vers la toile qui cachait Bamboche.

— Bis !… bis !… la scène de Paillasse et de Basquine ! — criait la foule impatiente.

— Je te défends de faire bis, — reprit Bamboche, en soulevant à demi la toile pour lancer un regard terrible à Basquine, — tu m’entends ?

Et il disparut.

— Je ne répéterai pas la scène, — me dit tout bas la pauvre créature, dont les yeux se remplirent de larmes ; puis elle ajouta :

— Va donc lui dire qu’il ne soit pas fâché…

  1. Le Public s’appelle le pingoin en argot acrobatique. Il y a le Pingoin maigre (public peu nombreux), le Pingoin gras (le public nombreux).