Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/19

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singulier garçon me serrait contre sa poitrine avec effusion, en me disant d’une voix émue :

— Martin, je n’oublierai jamais ça…

— Ni moi non plus, Bamboche.

Et je lui rendis son amicale étreinte d’aussi bon cœur que je lui avais rendu ses coups de poing.

— Tonnerre de Dieu… qu’est-ce que j’ai donc pour toi ? — me dit-il, après un moment de silence. — J’ai beau me tâter, je n’y comprends rien.

— Ni moi non plus, Bamboche : tu es pour tout le monde un diable incarné, tandis que pour moi… au contraire… et c’est ça qui m’étonne.

Après un nouveau moment de silence pensif, Bamboche reprit d’un air moitié railleur, moitié triste, qui ne lui était pas naturel :

— Je ne sais pas comment ça s’est fait que je t’ai parlé de mon père ;… avant toi… je n’en avais parlé à personne ;… mais, sur le coup, ça m’aura attendri un morceau de cœur… Tu te seras f…ichu en plein dans le morceau détrempé, et depuis tu y seras resté comme ce lézard incrusté dans une pierre que montre la Levrasse en faisant ses tours… Et tu es d’autant plus comme le lézard dans la pierre, que d’être amoureux fou de ma petite Basquine, ça ne t’a pas délogé… Et puis, vois-tu ? il me semble que depuis que je suis ami avec toi, ça m’amuse davantage d’être méchant pour les autres… et que j’en ai le droit.

— Alors, c’est dit, je serai ton lézard, Bamboche, je garderai toujours mon petit coin ; mais tu ne me parleras plus de me sauver, sans toi ?

— Non ;… mais une fois Basquine avec nous, au