Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/243

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— Mon bon petit Monsieur, — lui dit Bamboche d’une voix pénétrée en s’approchant de lui, — vous avez été toujours heureux… vous, n’est-ce pas ?… vous n’avez jamais eu ni la faim, ni le froid, ni la misère… vous n’avez jamais été battu… Eh bien, mettez-vous un peu à notre place, à nous qui avons souffert tout ça… et vous serez bons pour nous…

— Est-il bête, ce grand-là ? — dit Scipion, — il me demande si j’ai eu faim et froid.

Je vis l’angle de la mâchoire de Bamboche tressaillir, ainsi que cela arrivait toujours lorsqu’il contenait sa violence naturelle ; mais il resta calme.

Régina semblait seule émue ; par deux fois son blanc visage devint pourpre, et elle s’approcha de Basquine avec un mélange d’intérêt, de réserve et presque de crainte…

Basquine, encouragée, fit un pas vers elle en lui tendant les deux mains ; puis, soit frayeur, soit indécision, Régina se recula vivement…

La seconde fois, elle parut vaincre son hésitation ; mais un coup-d’œil sévère de la gouvernante, accompagné de ce mot :

— Régina…

Paralysa la touchante velléité de l’enfant.

Le ciel s’était couvert de plus en plus.

Quelques éclairs avaient déjà brillé à travers les arbres de la forêt ; la gouvernante commençait à s’inquiéter sérieusement, car elle ne put s’empêcher de dire aigrement à Scipion :

— C’est pourtant un de vos sots caprices d’enfant