Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/242

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— Allons, ma bonne dame… qu’avec la permission de leurs parents ce petit Monsieur (et je montrai Scipion) se charge de moi… que cet autre Monsieur se charge de mon camarade, et que cette jolie Demoiselle… se charge de notre compagne ; vous ne vous en repentirez pas…

— Oh… non… bien sûr, Mademoiselle… — dit Basquine en cherchant de son regard suppliant le regard de Régina, que je ne quittais pas des yeux ; car, vue de près, sa beauté me semblait plus éblouissante encore, et je me sentais troublé jusqu’au fond de l’âme.

— Allons donc, — reprit la gouvernante en haussant les épaules d’un air rogue et pincé, — ça n’a pas le bon sens, ce que vous demandez là ; nous ne vous connaissons pas du tout… nous ne savons pas du tout qui vous êtes. Et vous voulez que ces Messieurs et Mademoiselle prient leurs parents de se charger de vous ? est-ce que c’est possible ?

— Pourtant nous sommes trois enfants… bien malheureux… — dit Bamboche d’une voix vibrante… — trois enfants bien à plaindre, allez… et qui méritent pitié… vrai… Voyons, ma bonne dame… Martin vous l’a dit : que chacun de vos enfants se charge d’un de nous ; ils sont si riches… si heureux !… Ça ne leur coûtera rien… et ça leur portera bonheur ; car un jour ils auront en nous des amis… des frères… qui se feraient tuer pour eux…

— Tiens… ces petits pauvres, — dit Scipion avec une moue dédaigneuse, — ils disent qu’ils seront nos amis… nos frères ! Est-ce que je veux aller avec des petits mendiants comme ça, moi ?…