Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/277

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rard semblait accepter cette multiplicité de fonctions et promettait d’accomplir des ordres si divers…

Après le départ du porcher, Claude Gérard resta un moment silencieux, puis me dit, en me regardant attentivement :

— Écoute… l’argent que l’on m’a volé ne m’appartenait pas… on me l’avait confié… tes complices m’ont échappé… l’argent est perdu pour moi… Quand on me le redemandera, comment le rendre ?… Il y avait cent vingt francs… je suis trop pauvre et je gagne trop peu, pour jamais pouvoir économiser une pareille somme… Je n’aurais qu’un moyen de prouver que l’on m’a volé… ce serait de te faire arrêter… toi… le complice du vol.

Et Claude Gérard se tut quelques secondes, sans me quitter du regard ; sa menace qui, je le sus plus tard, n’était qu’une épreuve, me fit frémir.

— Tu as peur d’être arrêté ?… — me dit-il.

— D’être arrêté seul… oui… parce qu’en prison… je serai pour toujours séparé de mes camarades, et j’aimerais autant être tué d’un coup de fusil, que de renoncer à les revoir.

— Tes camarades sont ceux qui m’ont volé ? tu les aimes donc bien ?

— Oui… oh ! oui… je les aime bien… — répondis-je les larmes aux yeux.

— Je crois que tu dis vrai… cela annonce chez toi… du cœur… Mais comment peux-tu aimer des voleurs, de misérables hommes qui, sans doute, ont abusé de ton enfance pour faire de toi leur complice ?

Je ne répondis rien ; je crus prudent et adroit de