Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/32

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le robinet inférieur de la boîte, l’eau coula très-abondamment.

La Levrasse prit alors un des seaux que j’apportais, et le vida dans le large entonnoir à deux ou trois reprises.

— Ah ! cela fait bien… — dit la voix avec une expression de béatitude extrême et sans le moindre accent étranger. — Cela fait bien…

Quelques mots latins suivirent encore cette exclamation.

Le charretier semblait navré d’avoir ainsi involontairement compromis la précieuse existence d’un homme-poisson égyptien qui parlait si bien français.

— Et moi qui ai si long-temps longé la rivière, — s’écria le voiturier avec une expression de pénible regret ; — et dire que, sachant que je chargeais un homme-poisson, il ne m’est pas venu à l’idée de faire entrer mon baquet dans l’eau jusque par-dessus la capote de la boîte… et de la laisser comme ça une bonne heure dans le courant, pour bien le rafraîchir, ce digne homme, non, ce digne poisson, non, ce digne homme-poisson !… Imbécile que je suis…

À peine le voiturier eut-il exprimé ces tardifs regrets, que l’habitant de la boîte parut s’agiter violemment, comme s’il eût été rétrospectivement épouvanté de la combinaison hydraulique de son conducteur.

— Malheureux ! — s’écria, à son tour, la Levrasse, en se retournant vers le malencontreux voiturier, — vous auriez fait là un beau coup.

Puis, se penchant vers les ouvertures de la boîte, il ajouta :