Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/330

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jetai derrière le tronc branchu de l’arbre vert, et je m’y blottis à genoux, osant à peine respirer.

La figure de Régina avait la blancheur et l’immobilité du marbre ; ses trois signes noirs donnaient une expression étrange à ses traits pâles pétrifiés ; elle ne pleurait pas ; son regard sec et fixe s’attachait si opiniâtrement au cercueil, que dès que la marche irrégulière des porteurs lui imprimait quelque oscillation de droite ou de gauche, un léger balancement de la tête de Régina annonçait que son regard suivait la même direction.

Les moindres mouvements de cet enfant avaient une sorte de raideur automatique ; elle marchait, pour ainsi dire, par saccades, et comme si tout son être eût été sous l’empire d’une tension nerveuse. En me rappelant la brutalité avec laquelle j’avais enlevé Régina dans la forêt de Chantilly, je me rappelais aussi sa beauté ; en la retrouvant si cruellement changée, mon cœur se brisa, je fus obligé de mettre ma main sur ma bouche pour étouffer mes sanglots.

La femme âgée, qui tenait Régina par la main, pleurait beaucoup. Sa physionomie était douce et bonne. Il me parut que le curé disait les dernières prières sur le corps avec hâte et distraction. Lorsqu’il s’agit de descendre la bière au fond de la fosse, Régina parut faiblir et pour ainsi dire se ployer sur elle-même. La vieille servante fut obligée de la soutenir en la prenant sous les bras. Chose étrange ! cette enfant ne versait pas une larme ; son regard restait fixe, ses traits immobiles ; à peine ses lèvres, minces et pâles, se contractaient parfois, en se serrant l’une contre l’autre.

Enfin, le cercueil fut placé au fond de la fosse.