Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/356

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causé la perte ? En songeant à la mare de sang où, la nuit précédente, j’avais ramassé le petit châle de Basquine et les trois pièces d’argent, je ne pouvais douter de la complicité du cul-de-jatte dans ce nouveau crime, puisqu’il avait, en sa possession, les pistolets de Bamboche ; mais je me demandais la part que ce misérable avait pris à ce tragique événement, toujours pour moi environnée de mystère, car j’ignorais encore lequel de Bamboche ou de Basquine avait été victime, ou si tous deux avaient succombé.

D’un autre côté, je ne trouvai sur le cul-de-jatte aucun argent. Qu’était donc devenu la somme dérobée par Bamboche à Claude Gérard, somme qui avait pu seule tenter les meurtriers présumés de mes compagnons ?

Toutes ces pensées se présentant à la fois dans mon esprit, y laissaient le trouble et l’incertitude. Un moment je regrettai d’avoir tué ce bandit qui, seul peut-être, aurait pu m’éclairer sur le sort de mes compagnons ; mais, en songeant à sa vie, à ses crimes, je m’applaudis de mon action.

Je rassemblai donc dans un pan de ma blouse, la chaîne d’or, le médaillon, les bagues, le portefeuille où je remis les lettres, ainsi que le cordonnet de cheveux où étaient attachées une petite croix de bronze et une médaille de plomb, puis, laissant le cul-de-jatte étendu non loin de la fosse, je sortis précipitamment du cimetière afin d’aller avertir Claude Gérard de cet événement.

Il me reste un pénible aveu à faire…

Il s’agit de tentations mauvaises et d’une action honteuse… action dont le remords m’a poursuivi jusqu’au jour où, loin de me repentir de ce que j’avais fait… j’ai…