Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/361

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prairie… Mais là, au bout d’une vingtaine de toises, ces empreintes devinrent de moins en moins visibles ; elles disparaissaient sous une nouvelle couche de neige, car il neigeait de nouveau et abondamment depuis une demi-heure… Bientôt la lune se coucha… Comme il y a de grands bois non loin de l’endroit où nous avons perdu la trace de ce misérable, et que la nuit était très-noire, nous avons renoncé à une poursuite inutile… Demain on fera prévenir la gendarmerie pour qu’elle se mette en quête… Je suis alors retourné seul au cimetière… Les objets précieux ont été replacés dans le cercueil. J’ai recomblé… la… fosse… — ajouta Claude Gérard d’une voix qui me sembla profondément altérée.

Puis son émotion fut si forte, qu’il s’arrêta en passant sa main sur son front baigné de sueur…

— Ah ! Monsieur, — lui dis-je, — si vous saviez quel rêve… je faisais quand vous m’avez éveillé !…

— Quel rêve ?

— Il me semblait voir… cette personne… enterrée ce matin… sortir de son cercueil… et…

— Tu as rêvé cela ! — s’écria Claude Gérard avec stupeur, — tu as rêvé cela !… — reprit-il.

Et il attachait sur moi un regard indéfinissable.

— Oui, Monsieur, — lui dis-je, tout surpris de l’importance qu’il semblait attacher à ce rêve ; — ce matin… vous m’aviez parlé de personnes qui…

— Ah ! c’est cela, — reprit Claude Gérard en paraissant accueillir, avec une sorte d’empressement, l’explication de mon rêve, — c’est cela… ton imagination frappée… Allons, c’est un songe étrange… étrange, — ajouta-t-il plus calme, — et Dieu merci ! ce n’est qu’un