Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/383

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Assez surpris, je le regardais avec attention ; il semblait réfléchir. Puis, quelques paroles lui vinrent aux lèvres ; mais je ne sais quelle pensée le retint, puis il me dit d’un air grave et pénétré :

— Quoiqu’il arrive, et quoique le hasard puisse peut-être t’apprendre un jour, mon cher enfant, n’oublie jamais qu’il est quelque chose au-dessus de la plus tendre affection… C’est le respect qu’on doit à une promesse sacrée.

— Je ne vous comprends pas, — lui dis-je, de plus en plus étonné.

— Tout ce que je te demande, — reprit-il, — c’est de ne pas oublier ce que je viens de te dire au sujet de la mère de Régina… Il se peut que l’avenir t’explique le sens de ces paroles, maintenant incompréhensibles pour toi. Enfin, pour en revenir à Régina, mon cher enfant, cette jeune fille est donc admirablement belle et riche, elle est fière de sa haute naissance, et son caractère est aussi résolu que son cœur est généreux. Or, ces qualités naturelles, ces avantages du rang et de la fortune, sont autant d’obstacles insurmontables élevés entre toi et Régina. Aime-la donc comme tu l’as aimée jusqu’ici, invisible et inconnu… pour elle… Songe toujours à la distance incommensurable qui te sépare de cette jeune fille ; qu’elle soit l’étoile brillante qui guidera ta vie dans la voie du bien… Lorsque tu auras quelque tentation mauvaise, évoque par la pensée la fière et belle figure de Régina, et tu rougiras de tes funestes tendances… On adore… on vénère Dieu… on se sent soutenu par lui… dans le bien… on le redoute dans le mal ; et pourtant il n’apparaît pas à nos regards… il ne communique pas