Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/401

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pensables… La maison de fous a un grand jardin, qui d’un côté est borné par des bâtiments et de l’autre par la cour de la meilleure auberge de la ville… La pauvre femme dont je te parle, malgré les horribles chagrins qui l’ont rendu insensée, est encore d’une beauté remarquable…

Et Claude Gérard mit ses deux mains sur ses yeux…

Je n’osai interrompre son pénible silence ; il reprit bientôt en frémissant :

— Je te disais qu’elle était encore d’une beauté remarquable. Sa folie, d’abord furieuse, est devenue tellement inoffensive, qu’on lui accordait une grande liberté… On lui permettait de se promener dans une partie réservée du jardin qui, je te l’ai dit, longeait d’un côté les dépendances d’une auberge… Un soir, et je te le répète, par une fatalité étrange, c’était le lendemain du jour où Bamboche était venu ici pour la dernière fois… un soir donc, cette infortunée, qui éprouvait une sorte de bien-être quand on la laissait se promener au clair de lune, se trouvait dans le jardin de la maison d’aliénés.

Claude Gérard fit une nouvelle pause et reprit :

— Maintenant, par un mystère jusqu’ici impénétrable…

Claude Gérard ne put continuer ce récit.

Un petit garçon entra tout essoufflé dans notre réduit et s’écria :

— Monsieur le maître ! voilà la patache qui passe au bout du village ; elle ne peut pas attendre plus de cinq minutes… car elle est en retard, et le conducteur craint de ne pas rejoindre la diligence au relais…