Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/412

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d’Espagne, de toutes les Espagnes… C’est plus que duc… m’a dit le capitaine.

— La fille d’un grand d’Espagne ? — repris-je avec un ébahissement croissant.

— Ni plus ni moins, Monsieur ; le capitaine m’a dit en s’en allant : « Mon brave camarade » … (le capitaine appelait tout le monde son camarade, même ses domestiques… aussi on se serait jeté dans le feu pour lui,) — ajouta le portier en manière de parenthèse ; puis, il reprit : — « Mon brave camarade, — dit donc le capitaine, — quand je serai installé au palais du papa beau-père, dans la capitale de toutes les Espagnes… je vous prendrai pour Suisse, et vous porterez la hallebarde » … — Peut-être le capitaine ne pense-t-il plus à moi, — ajouta le portier en soupirant, et puisque Monsieur le connaît… il serait bien bon de lui rappeler sa promesse…

— Certainement… je connais le capitaine, et je vous recommanderai à lui, — répondis-je sans trop songer à ce que je disais.

J’étais frappé d’une sorte de vertige moral : Bamboche épousant la fille d’un grand d’Espagne !! Malgré mon opiniâtre crédulité, ceci me sembla d’abord impossible, mais bientôt aveuglé par l’amitié, pourquoi cela ne serait-il pas ? me dis-je — Bamboche est jeune, beau, hardi, entreprenant ; d’après sa conversation avec Claude Gérard, son esprit paraît s’être développé, cultivé. Qu’y a-t-il d’impossible à ce qu’il ait tourné la tête d’une jeune fille ? Il est capitaine, l’uniforme nivelle toutes les conditions.

J’éprouvais tant de plaisir à entendre parler de Bamboche avec éloges que, malgré mon désir de me rappro-