Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/415

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Le portier releva respectueusement le marchepied et me dit :

— Monsieur n’oubliera pas de me rappeler au souvenir du capitaine pour la place de Suisse en Espagne…

— Je n’y manquerai pas — lui dis-je.

Et la voiture se mit en marche pour la rue de Seine.

La nuit était alors tout-à-fait venue.

En y réfléchissant avec plus de sang-froid, je pressentis, malgré ma complète ignorance des choses et des hommes, tout ce qu’il devait y avoir d’exagéré, de mensonger, dans le récit du portier, et combien l’existence de Bamboche avait dû être aventureuse et hasardée depuis notre séparation, et, malgré cela, à cause de cela peut-être, mon impatience de le voir augmentait encore.

Au bout de quelque temps, le fiacre s’arrêta dans une rue sombre et alors presque déserte, dont l’aspect contrastait singulièrement avec la rue animée, étincelante que je venais de quitter.

La voiture s’ouvrit ; je descendis devant la porte d’une allée noire et étroite :

— Est-ce que c’est là l’Hôtel du Midi ? — demandai-je au cocher, trouvant la demeure bien modeste pour le signor marquis Annibal Bambochio, futur beau-père de la fille d’un grand d’Espagne.

— C’est bien ici, bourgeois. Regardez la lanterne — me répondit le cocher en me montrant une espèce de cage de verre oblongue et intérieurement éclairée, sur laquelle on lisait en lettres rouges : Hôtel du Midi.