Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/421

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— C’est bon, c’est bon, mauvais farceurs ! — répondit le cocher, et je l’entendis jurer d’impatience entre ses dents, tout en fouettant ses chevaux essoufflés.

Après avoir laissé la barrière derrière nous, traversé une ou deux ruelles complètement obscures et désertes, seulement éclairées par la faible lueur des lanternes, le fiacre, risquant à chaque instant de verser dans de profondes ornières, traversa un champ, et s’arrêta au bout de quelques minutes.

Le cocher vint alors m’ouvrir et me dit, sans cacher sa mauvaise humeur :

— Mille dieux ! quels chemins ! vous pouvez vous vanter, bourgeois, d’avoir des connaissances dans toutes sortes de quartiers, depuis les hôtels de la Chaussée-d’Antin jusqu’à l’impasse du Renard ; avec tout ça, il est plus de huit heures, je n’ai pas dîné, ni mes bêtes non plus. En avez-vous ici pour long-temps ?… mes bêtes mangeraient leur avoine.

— Je vais à l’instant savoir si la personne que je cherche est chez elle, — dis-je au cocher, — dans ce cas je reviendrai prendre mon paquet… de toutes façons vous n’aurez pas à m’attendre long-temps.

Et m’éloignant de la voiture, j’entrai dans une impasse étroite, boueuse, infecte, bordée de maisons ou plutôt de masures noirâtres, dont quelques-unes seulement étaient intérieurement éclairées.

On m’avait donné pour adresse le numéro 1. L’obscurité m’empêchant de rien distinguer, je frappai à la porte de la première habitation de l’impasse.

Après un long silence, des pas traînants se firent entendre derrière la porte, et une voix me dit :