Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/87

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— Il m’attachait aux pieds un des poids en fer qui servent à nos exercices, et puis il me prenait par-dessous les oreilles et m’enlevait de terre pendant quelques minutes, et il recommençait deux ou trois fois.

— Je ne m’étonne plus, il disait que sa correction ne faisait pas de bruit.

— Un homme qu’on écorche ne souffrirait pas plus, — me dit Bamboche d’une voix sourde, — quelquefois il me semblait que ma tête allait s’arracher de mon cou ; il me passait comme des flammes bleues devant les yeux… Alors je n’essayais pas de me débattre contre la Levrasse, il est trop fort : ça ne m’aurait servi à rien… mais je ne cédais pas, et je me disais : va… va… fais-moi bien des tortures… c’est pour toi que tu amasses… Attends que Basquine soit ici… tu verras comme je te rendrai tout cela en monnaie rouge

Je fus épouvanté de l’expression avec laquelle Bamboche prononça cette dernière menace......

Les soins que réclamait ma blessure, à-peu-près bien pansée par la mère Major, habituée à ces sortes d’accidents, et aussi une lettre que reçut la Levrasse, au sujet de la nouvelle Basquine que nous devions prendre en route, hâtèrent notre départ.

Selon la coutume de presque tous les saltimbanques, notre bourgeois possédait une espèce de voiture nomade qui, en voyage, lors des représentations dans les fêtes foraines, servait de logement à la troupe.

Cette voiture, longue de quinze pieds environ, haute de dix, se divisait en trois compartiments éclairés au dehors par des chatières et communiquant intérieurement par de petites portes ; le compartiment du devant servait