Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/258

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Tu crois renaître aux jours des nudités dansantes,
Au temps des droits sans loi, des devoirs sans rigueur ;
C’est la forêt perdue, ô peuple, que tu chantes,
Quand tu te sens monter la Marseillaise au cœur.

Encore mal dompté, comme un loup sous les grilles,
Tu hais le maître : attends, et tu seras ton roi ;
Tu veux, sauvage et gai, danser sur les bastilles ;
Attends, et, citoyen, tu bâtiras pour toi.

Fais-toi libre en changeant par les vertus civiques
En un sage concert tes fougues d’autrefois :
Les peupliers sanglants sur les places publiques
Ne te rendront jamais la liberté des bois,

Depuis l’heure où le luth, te révélant tes larmes,
Et te traînant, surpris, des forêts dans les champs,
T’enseigna la charrue et les murs et les armes,
Et le pacte des bons pour la guerre aux méchants,

Tu te rendis esclave et toutefois plus digne,
Car ta chaîne unissait tes mille bras instruits :
Pareil aux oliviers qu’un laboureur aligne,
Tu connus ta richesse en mêlant tous tes fruits ;