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poésies diverses.


Sonnet


Du passé des forêts séculaires débris,
Les feuilles mortes font, par le temps qui les ronge,
De chaque vieux sentier comme une longue éponge
Au dehors toute sèche et d’un or froid et gris.

Mais qu’on fouille au dedans : les feuillages flétris
Sont humides et chauds à la main qui s’y plonge ;
L’été des plus anciens fermente et se prolonge
Sous les derniers tombés qui leur servent d’abris.

Tel est le sort obscur des jeunesses fanées :
Le sec et froid linceul des dernières années
Cache l’amas des jours écoulés sans malheurs ;

Mais quand on plonge au fond de ce long deuil sans plainte,
On sent toujours couver des rayons dans des pleurs,
Invincible ferment de la verdeur éteinte.