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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

nouveau gouverneur sont celles de Germain Doucet dit Laverdure, Petitpas, Boudrot et Jacob Bourgeois ; probablement aussi Hébert, Blanchart, Dupuis, Dugas Bayols, Melançon, Pelletret, Aucoin, et Savois. Vers 1640, il y avait environ quarante familles de cultivateurs dans la vallée de Port-Royal. Le système seigneurial était le même qu’en Canada. Les Français installés sur le haut de la rivière se rapprochèrent de Port-Royal ; des fortifications s’élevèrent dans ce dernier lieu. Le père de d’Aulnay, René de Menou, conseiller du roi, qui demeurait à Paris, se tenait en rapport avec l’Acadie. Chaque printemps, des navires arrivaient en traite. Les sauvages regardaient les Français comme des frères. La paix et la prospérité succédaient aux longues années de misère et de combats.

M. Rameau qui nous raconte avec amour les belles années de Port-Royal, dit que, par les ordres de d’Aulnay, on avait construit « une sorte de monastère que l’on appelait dans le pays le Séminaire, dans lequel il avait installé douze récollets, et il y avait annexé une étendue de terre assez considérable, qui pût subvenir ultérieurement aux besoins de ces religieux ; ceux-ci d’autre part s’étaient obligés, non-seulement à desservir la colonie française et à faire des missions parmi les peuplades indigènes, mais encore à recevoir, entretenir et instruire dans leur maison trente jeunes gens et enfants micmacs ou abénakis, afin de propager plus aisément dans la contrée la connaissance de la religion et les premiers éléments de la civilisation ; c’est pourquoi cet établissement est appelé le Séminaire dans les documents du temps. Un des moines, Ignace de Paris, plus tard moine à Senlis, nous a laissé une relation intéressante de leurs travaux, qui se partageaient entre le ministère religieux et l’enseignement qui se donnait aux enfants des Indiens et aux enfants des colons ; il y avait là en germe quelque chose de semblable à l’établissement que les sulpiciens formèrent à Montréal à peu près dans le même temps. Le séminaire de Port-Royal formait une corporation et une fondation à part, dont les intérêts étaient tout à fait distincts de ceux de d’Aulnay, comme il appert du contrat de mariage de sa veuve en 1653 et de la capitulation de Port-Royal en 1654. Il est à regretter que d’une part les événements aient beaucoup contrarié sa consolidation, et que de l’autre l’ordre des récollets n’ait pas apporté à son développement la même activité et la même énergie que montrèrent les sulpiciens dans l’île de Montréal. »

L’Acadie est une grande presqu’île que l’on peut envisager, sous bien des rapports, comme une île. Elle était trop petite pour l’ambition de trois ou quatre hommes. Charles Amador de Latour faisait le commerce à l’ouest ; Nicolas Denys à l’est ; Claude de Razilly possédait une poste (la Hêve) au sud ; d’Aulnay occupait au nord Port-Royal. Ce dernier établissement était le seul digne du nom de colonie. La rivalité de ces seigneurs se manifesta par un procès entre Latour et d’Aulnay. Latour eut gain de cause. Il obtint le partage de l’Acadie en deux portions à peu près égales. Le roi par une lettre datée du 10 février 1638, établit d’Aulnay son « lieutenant-général en la côte des Etchemins (Nouveau-Brunswick, partie sud-est) à prendre depuis le milieu de la terre ferme de la baie Française (baie de Fundy) en tirant vers les Virginies et gouvernement de Pentagoët (Penosbscot dans le Maine) » et Latour son « lieutenant-général en la côte de l’Acadie depuis le milieu de la baie