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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

leur résidence, chef-lieu des missions des lacs et même de celles d’au delà. Dans la partie fortifiée de l’île étaient les magasins, quartier-général des traiteurs du sud et de l’ouest, car Michillimakinac voyait passer tous ceux qui allaient trafiquer chez les Puants, les Outagamis, les Illinois, les Outaouais, les Sioux et les nations du nord du lac Supérieur. Ce lieu servait donc d’entrepôt pour les pelleteries en toute saison. Lorsque Lamothe-Cadillac eut fondé le Détroit, les Hurons se portèrent de ce côté, suivis de plusieurs Outaouais, d’autres sauvages se dispersèrent dans les îles. Il ne resta plus qu’une médiocre bourgade, mais les jésuites qui, en tout temps, avaient trouvé de la docilité chez ces sauvages, ne voulurent point s’en éloigner ; leur présence était d’ailleurs utile dans les fréquentes négociations avec les bandes qui survenaient des contrées avoisinantes et qui regardaient les prêtres comme des grands chefs français. Une autre cause de faiblesse pour Michillimakinac fut la traite qui entraîna les sauvages du nord à la baie d’Hudson, de 1696 à 1713, alors que le pavillon français flottait en maître sur les forts de ces territoires ; on eut le chagrin, après cette date, de ne pouvoir endiguer le courant ainsi dirigé au nord, au profit des Anglais qui venaient d’entrer en possession de la baie.

Au nombre des soixante et trois Canadiens ou Français résidant au Détroit en 1708, on cite François Beauceron et Cullerier, de Montréal ; François Fafart-Delorme, interprète, et Gouin, des Trois-Rivières ; Pilet et Miny, de lieux inconnus. Trente-neuf colons avaient pris des terres ; les vingt-cinq autres étaient coureurs de bois de profession. Durant les deux ou trois ans qui suivent on voit les noms de Pierre Godefroy de Roquetaillade, Jacques Godefroy de Marbeuf ou Maubeuf, Charles Chêne, son beau-frère, et Nicolas Langlais. En 1707 on avait compté quatorze naissances ; en 1708, treize ; et en 1709, dix-neuf, ce qui donne à supposer une population établie d’au moins deux cents âmes. Le tableau suivant a été dressé par M. H. Prudhomme, de Windsor, sur les registres de Sainte-Anne, du Détroit :

De 1703 à 1710 : — 94 naissances ; 3 mariages ; 13 décès.
" 1711 à 1720 : — 43 nais" 7 mari" 15 "
" 1721 à 1730 : — 106 nais" 16 mari" 44 "
" 1731 à 1740 : — 156 nais" 27 mari" 73 "
" 1741 à 1750 : — 233 nais" 24 mari" 114 "
" 1751 à 1760 : — 363 nais" 70 mari" 216 "
" 1761 à 1770 : — 351 nais" 80 mari" 217 "
" 1771 à 1780 : — 476 nais" 60 mari" 182 "
" 1781 à 1790 : — 551 nais" 80 mari" 219 "
" 1791 à 1800 : — 914 nais" 167 mari" 367 "


Les sauvages infestaient les environs du Détroit et gênaient les habitants. M. de Louvigny leur donna la chasse (1717), mais s’il rétablit la quiétude, peu ou point d’améliorations se manifestèrent durant les quinze ou vingt années qui suivirent. De 1717 à 1727. Alphonse de Tonty gouverna l’établissement. En 1721, les Outagamis étaient encore menaçants ; la question de la traite de l’eau-de-vie demandait toute l’attention du conseil local ; les anciennes terres produisaient d’excellent blé, toutefois on n’en défrichait pas de nouvelles. Les habitants