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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

L’intendant s’était convaincu de la nécessité qu’il y avait d’ouvrir un chemin entre le Canada et l’Acadie. Malheureusement, la guerre fit encore ajourner ce projet.

M. de Menneval, fils du baron de Portneuf, fut nommé gouverneur de l’Acadie, le 5 avril 1687, à la place de M. Perrot. L’été suivant, M. de la Vallière servait dans les troupes au lac Ontario ; il était encore en Canada cinq années plus tard. Sa fille, Marie-Josette, reçut une seigneurie au bassin des Mines le 3 avril 1689. Une vingtaine de personnes avaient quitté Beaubassin pour retourner en Canada[1].

Les agressions entre les colonies anglaises et françaises continuaient. Saint-Castin n’avait pu empêcher les Anglais de piller Pentagoët, en 1688. L’année suivante, à la tête de ses fidèles Abénaquis, il amena le fort de Pemaquid à capituler. Ensuite, le fort Charles et Jamestown furent pris et brûlés par les Abénaquis. Ces coups retentissaient même dans les lieux où on ne les ressentait pas directement. Port-Royal vit s’éloigner plus de cent personnes de ses murs de 1686 à 1689. M. de Menneval se lamentait sur la triste situation des choses ; on a dit qu’il ne pouvait se faire à l’existence des colons, mais ce Canadien n’avait pas été élevé dans le luxe ; ses plaintes provenaient plutôt de sa profonde connaissance du pays et des dangers dont les Acadiens étaient menacés.

Richard Denys de Fronsac porte le titre de capitaine des gardes du comte de Frontenac à son acte de mariage[2] (Québec, 15 octobre 1689). Son épouse, Françoise Cailleteau, était Canadienne. Nicolas Denys, son père, obtint en 1690 et 1691, la confirmation de ses droits sur la baie de Saint-Laurent.

Saint-Castin, toujours sur le qui-vive, suivait les Anglais le long des côtes et les repoussait glorieusement — lorsqu’il n’allait pas ravager leurs villages et réduire ceux-ci en cendres. L’expédition du fort Loyal, à l’entrée du Kenebec, fut un coup de main heureux que M. de Portneuf, agissant comme gouverneur de l’Acadie, et Saint-Castin comme chef des Abénaquis, accomplirent (1689) et qui effraya le plus les colons de la Nouvelle-Angleterre.

Nous avons dit un mot, dans un chapitre précédent, de la prise de Port-Royal par Phipps (1690), de l’enlèvement de De Menneval, de l’arrivée de Portneuf et du rétablissement (1691) du drapeau français en Acadie. M. de Portneuf avait servi en qualité de lieutenant sous M. de Repentigny, au lac Ontario, en 1687. Son attaque contre Portland, au printemps de 1690 a été racontée ; il en rapporta un drapeau qui fut suspendu dans la cathédrale de Québec avec celui de Phipps. Le 27 mai (1690) voulant entrer à Port-Royal sur un petit bâtiment qu’il montait avec François-Marie Perrot[3], il distingua, aux manœuvres d’un navire qui courait sur lui, que la place était au pouvoir des Anglais, et, en compagnie de Perrot, gagna la terre en abandonnant son bâtiment. Perrot s’endormit dans les bois et

  1. M. Rameau cite des Canadiens qui paraissent s’être établis après 1686, mais passagèrement. Ce sont : Pothier, Chartier, Meunier et Genaples de Bellefonds.
  2. M. de la Vallière, présent au mariage de Denys, succéda à ce dernier, l’année suivante, dans le grade de capitaine des gardes.
  3. Perrot était resté en Acadie où il s’occupait de commerce.