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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

fut pris par les Anglais. Portneuf passa en France[1], proposa au ministre de reprendre Port-Royal, reçut la commission de gouverneur de l’Acadie et arriva à Québec, au commencement de juillet 1691, sur le Soleil d’Afrique que commandait un Canadien, M. Denys de Bonaventure[2]. Frontenac les retint jusqu’au 24 août ; tout deux mirent pied à terre à Port-Royal, accompagnés de cinquante soldats, et y plantèrent le drapeau français : les Anglais avaient quitté la place depuis quelque temps déjà. M. de Neuvillette, frère de M. de Portneuf, apporta ces nouvelles à Québec (6 novembre) ajoutant que Portneuf était allé se fixer à Jemsec, sur le fleuve Saint-Jean. Phipps envoya contre Jemsec, l’année suivante, trois navires avec quatre cents hommes qui furent repoussés. Sur la fin de l’été de la même année, d’Iberville et Denys de Bonaventure allèrent attaquer les forts du Maine ; Villebon, qui paraît avoir eu en ce moment le commandement de l’Acadie, leur envoya Portneuf avec deux officiers, des Canadiens et des sauvages. L’entreprise ne réussit qu’à demi.

Deux filles de M. de la Vallière se marièrent en 1692. La première, Marie-Josette, était celle qui possédait une seigneurie au bassin des Mines ; elle épousa (15 septembre, à Repentigny) Jean-Paul Le Gardeur de Saint-Pierre, seigneur de Repentigny. La seconde, Judith, épousa (9 avril, à Québec) Sébastien de Villieu, lieutenant du détachement des troupes dites de la marine, fils de Claude-Sébastien Le Brassier de Villieu, établi à Québec avant 1671.

Le bassin des Mines était dans une période de progrès ; Beaubassin demeurait stationnaire. M. de Villieu qui, désormais, réprésentait dans ces deux localités, les intérêts de la famille de sa femme, se rendit à Beaubassin vers la fin de l’année 1693 et s’y fixa. La Hêve ne renfermait, cette année, que sept habitants ; les Acadiens ne se sont pas multipliés dans ce canton, d’ailleurs peu propre à l’agriculture ; les Anglais y formèrent, bientôt après 1710, la majeure partie de la population.

Le recensement de 1693 constate le nombre de ménages suivants : Pentagoët trois, fleuve Saint-Jean sept, Port-Razoir cinq, cap Sable cinq, Beaubassin vingt, les Mines cinquante-cinq, Port-Royal quatre-vingt-huit ; en tout mille et neuf âmes. Il y avait deux cents fusils, soit un peu plus d’un par famille. Dix-huit cents arpents étaient sous culture, à Port-Royal, Beaubassin et les Mines.

On a appelé « seigneuries sauvages » les concessions de terres faites à des officiers ou à des particuliers qui, au lieu d’établir des habitants, s’occupaient de la traite et vivaient au milieu de leurs employés comme des barons du moyen-âge. Tels étaient Denys de Vitré, Denys de Fronsac, Denys de Bonaventure, à Chédabouctou et à Miramichi ; Charles de Latour au cap Sable ; Muis d’Entremont à Pobomcoup ; Aubin-Mignot à Passamacadie ; Damours des Chauffeurs à Jemsek ; Damours de Freneuse à Nashouak ; Damours de Clignancourt à Ekoupag ; Saint-Castin à Pentagoët. Les Abénaquis, les Micmacs, les Maléchites et les Etchemins regardaient ces chefs français comme leurs alliés et les suivaient à la guerre. Or,

  1. Il arriva à la Rochelle, le 21 janvier 1691, sur la Fleur de May, capitaine Javelan de la Tremblade. Un officier, parti de Québec, lui avait confié la relation officielle du siège de cette place par Phipps.
  2. En 1689 cet officier est désigné avec le titre de lieutenant du roi en Acadie.