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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

l’un de ses trois bâtiments, et construisit un fort en cet endroit. Bienville devenu chef résident par la mort de Sauvole, transporta le personnel et l’outillage de Biloxi à Mobile, qui devint le chef-lieu de la colonie. Juchereau de Saint-Denis, Canadien, qui parlait plusieurs langues sauvages, était le second de Bienville.

Une vingtaine d’Anglais de la province de New-York furent rencontrés en traite aux Illinois vers ce temps. Ils prétendaient que tout le territoire, jusqu’au Mississipi, leur appartenait. Des navires anglais croisaient dans le golfe à la recherche de l’entrée du fleuve.

D’Iberville voulait pour sa colonie des hommes habitués aux travaux des champs, des familles fixées à demeure et groupées en paroisses comme dans le Bas-Canada. Il fit construire des magasins et des casernes sur l’île Dauphine (île au Massacre), étudia le sol du bas Mississipi, se rendit compte des ressources de la contrée, se préoccupa aussi un peu des mines dont tout le monde parlait sans en rien connaître, puis il remit à la voile (1702) épuisé de fatigue et miné par une attaque de fièvre jaune. La guerre venait de recommencer. Il proposa au ministre de détruire les flottes anglaises de Terreneuve et de la Virginie. « Son plan fut agréé, dit M. Garneau, mais lorsque tout fut prêt, le gouvernement employa ailleurs les forces qu’il devait lui donner. D’Iberville conçut un second projet qu’il se préparait à exécuter avec trois vaisseaux de guerre, lorsqu’il retomba malade. À peine rétabli, il offrit au cabinet de Versailles d’aller surprendre la Barbade et d’autres îles occidentales et d’enlever les convois des Anglais dans les mers de l’Amérique. Le gouvernement, liant ce projet à une entreprise qui avait été proposée par le chef d’escadre Ducasse contre la Jamaïque, accorda ce que demandait d’Iberville. Celui-ci parut dans les Antilles en 1706, mais les Anglais ayant appris son dessein, s’étaient mis sur leurs gardes et il ne put rien entreprendre contre la Barbade. Il se rejeta sur l’île de Nevis qu’il enleva ; il y prit trente navires, les uns armés en guerre, les autres chargés de marchandises et fit prisonnier le gouverneur et tous les habitants, y compris plus de sept mille nègres ; la perte des Anglais fut immense. Cette conquête répandit de grandes richesses dans la Martinique, où d’Iberville alla déposer les trophées et le butin. Il remit presque aussitôt à la voile pour aller attaquer les flottes marchandes de la Virginie et de Terreneuve et les côtes des colonies anglaises, depuis la Caroline jusqu’au Massachusetts », mais obligé de relâcher à la Havane, il y succomba, le 9 juillet 1706, à une attaque de fièvre jaune. Sa veuve, passée en France après sa mort, épousa le comte de Béthune, lieutenant-général des armées du roi.

Le gouvernement ne perdait pas de vue la Louisiane. En date du 30 janvier 1704, le ministre écrivait à Bienville : « Sa Majesté envoie vingt filles pour être mariées aux Canadiens et autres qui ont commencé à se faire habitants de la Mobile, afin que cette colonie puisse s’établir solidement. Toutes ces filles sont élevées dans la vertu et la piété et savent travailler[1], ce qui les rendra très utiles à cette colonie en montrant aux filles des sauvages ce qu’elles savent faire. Afin qu’il n’en fût point envoyé que d’une vertu connue et

  1. Il y a apparence qu’elles ne connaissaient rien des travaux de la campagne. Trente-six ans auparavant, des filles de cette classe, bien que d’une bonne conduite et industrieuses, avaient eu de la peine à se placer dans le Bas-Canada.