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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

M. Garneau a dressé la liste des lieux d’origine des colons mentionnés dans les actes des notaires du gouvernement de Québec jusqu’à l’année 1700 : — « Île de France, presque tous de Paris, 358 ; Normandie 341 ; Poitou 239 ; Pays d’Aunis 190 ; Saintonge 91 ; Bretagne 87 ; Picardie 76 ; Angoumois 56 ; Anjou 44 ; Beauce 43 ; Orléans 35 ; Touraine 34 ; Maine 30 ; Bourgogne 32 ; Champagne 32 ; Limousin 21 ; Guienne 21 ; Brie 20 ; Perche 20 ; Languedoc 18 ; Gascogne 18 ; Berri 17 ; Lyonnais et Forez 12 ; Périgord 9 ; Flandre française 8 ; Lorraine 8 ; Auvergne 8 ; Dauphiné 8 ; Île de Ré 7 ; Artois 7 ; Blaisois 6 ; Provence 6 ; Bourbonnais 6 ; Île d’Oléron 4 ; Cambrésie 4 ; Angenais 3 ; Avignon 3 ; Navarre 2 ; Gatinais 2 ; Vexin-le-Français 1 ; Nivernais 1 ; Bresse 1 ; Messin 1 ; Ouercy 1 ; Pyrénées 1 ; différents lieux de France 45. Pays étrangers : — Portugal 5 ; Allemagne 4 ; Angleterre 4 ; Suisse 3 ; Irlande 2 ; Savoie 2 ; Espagne 1 ; Hollande 1 ; Écosse 1 ; Piémont 1 ; Italie 1 ; Nouvelle-Angleterre 1 ; total : 1976. On a cru, jusqu’ici, que les Canadiens descendaient presque tous d’émigrés sortis de la Normandie[1], mais cette erreur, répandue par Charlevoix, ne peut plus subsister. Des recherches, faites avec soin dans les archives, nous permettent de dire que les ancêtres des Canadiens-Français sont venus du nord-ouest de la France, c’est-à-dire de cette partie de la France qui est située entre les Pays-Bas, Paris, Bordeaux et l’Atlantique. La Normandie, le Poitou, le pays d’Aunis, la Saintonge, la Bretagne, la Picardie, l’Angoumois, paraissent avoir fourni séparément plus d’émigrés qu’aucune autre province, mais la ville de Paris en a fourni à elle seule plus qu’aucune de ces provinces. » Il faut noter que le groupe de Paris est venu en dernier lieu, c’est-à-dire après 1665. Il y a apparence que la plupart des soldats se disaient de Paris.

Pour la deuxième fois, en 1710, on proposa d’envoyer en Canada les faux-sauniers que l’on condamnait aux galères. Ce n’étaient point, à proprement parler, des gens de mauvaise vie ou des criminels, mais de simples contrebandiers. Les fermiers de la gabelle, qui avaient eu cette idée, ne furent pas écoutés. Cependant, l’année suivante, on la soumit de nouveau. Elle fut reprise en 1714 par M. de Pontchartrain, qui, à force d’être sollicité de fournir des bras pour l’agriculture, suggéra d’établir une colonie pénale. M. de Vaudreuil parut l’accepter, ne voyant pas d’autre moyen d’obtenir des secours de France. Il écrivit donc au ministre : « Il y a tous les ans (dans le royaume) un nombre considérable de faux-sauniers condamnés aux galères, dont le roi a peu de besoin, et qui deviennent inutiles pour la culture des terres ; leur dépense est payée par les fermiers-généraux et le roi pourrait en accorder à la colonie du Canada cent cinquante tous les ans. Les fermiers-généraux les feront conduire à la Rochelle, et payeront pour chacun cent cinquante livres, moyennant qu’ils en seront déchargés pour toujours. Il n’y en a pas un qui ne leur coûte cent francs par an, il n’y en a point qui n’y soit plus de dix-huit mois, et il y en a tel qui y demeure dix ans et plus. Tout ce qui restera à désirer aux fermiers-généraux, est qu’ils ne reviennent point en France, et j’en réponds. Si le roi accordait cette grâce, on pourrait obliger les vaisseaux qui vont en

  1. Le premier groupe était de la Normandie et des bords de la Loire. Ceci est antérieur à 1660.