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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

Caughnawaga se montrèrent fidèles à la cause française ; on les voit servir au pays des Illinois et sur toute la frontière du Haut et du Bas-Canada. Ces années dernières, à la suite des troubles d’Oka, les familles du lac des Deux-Montagnes qui avaient embrassé le protestantisme sont allées demeurer dans la province d’Ontario.

Le succès des sœurs de la Congrégation de Montréal paraît avoir inspiré au conseil souverain le désir de tenter quelque chose de la sorte à Québec, car nous voyons que le 12 novembre 1682, il fut proposé « de se servir de la maison nommée des Islets pour faire une manufacture où les filles sauvages pourraient apprendre à vivre à la façon des villageoises de France, au lieu qu’aux Ursulines elles n’apprennent qu’à prier Dieu et parler français. Elles insinueraient à leurs maris cette manière de vie, qui pourrait les porter à se nourrir et entretenir. En les mariant, on leur donnerait une vache, un cochon, du blé et un peu de graines de chanvre dont ils pourraient subsister. On ne laisserait pas de leur apprendre à lire, écrire et leur créance. » Ce projet n’eut pas de suite.

M. de Vaudreuil qui commandait à Montréal au printemps de 1699 reçut de M. de Callières des ordres pour que toutes les troupes fussent campées dans cette ville afin de les passer en revue. Une fois sur le terrain, raconte M. de Catalogne, « M. de Callières envoya dire à M. de Vaudreuil de le faire avertir dès que la revue serait faite, qu’il voulait voir défiler les troupes devant lui, et ordonna que les officiers le saluassent de la pique. L’ordre en fut donné aux troupes. M. de la Durantaye, qui était l’un des plus anciens capitaines par son rang, du régiment de Carignan, opina contre et fit connaître que le salut n’était dû qu’aux princes ou maréchaux de France. M. de Vaudreuil, par son major, en fit porter la parole à M. de Callières. La chose fut longtemps indécise. Enfin, arriva M. de Callières, dans sa calèche, où il ordonna aux troupes de défiler et de lui faire le salut. M. de Vaudreuil lui dit que c’était contre les ordres du roi et qu’il ne le ferait que par un ordre écrit ; en même temps, on fit apporter une caisse de tambour, et l’ordre y fut écrit dessus et le salut se fit. Parmi tous ces mouvements, il y avait de la partialité : M. de Callières avait sa cour et M. de Vaudreuil la sienne. La plupart étaient fort embarrassés, ne sachant sur qui le gouvernement tomberait[1] ; dans cette attente chacun raisonnait. Comme je n’avais point de parti et que j’étais également bien avec tous les deux, je me souviens qu’étant avec M. de Vaudreuil, il me demanda, le même jour que les nouvelles de France arrivèrent, ce que j’en pensais : je lui dis nettement que je croyais que M. de Callières l’emporterait, et j’en étais presque sûr parce que M. le chevalier de Crisasy m’avait fait confidence des avis que M. de Callières avait reçus par les Anglais ; cependant M. de Vaudreuil me dit qu’il n’en tâterait que d’une dent. Le même jour, les paquets de la cour arrivèrent qui confirmèrent ce que je savais. M. de Vaudreuil n’eut pas de plus grand empressement que de venir à ma rencontre pour me dire de ne point révéler ce qu’il m’avait dit ; je lui ai tenu parole, car voila la première fois que je l’ai mise au jour. Les partisans de M. de Vaudreuil, quoique par la même promotion,

  1. Pour comprendre cette affaire, voyez page 144 de notre tome V.