Page:Sulte - Histoires des Canadiens-français, 1608-1880, tome VII, 1882.djvu/24

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
9
HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

apte à continuer une pareille tâche, partit pour le nord-ouest. Il n’y fut pas longtemps avant que l’on ne s’aperçut quelle était l’erreur du ministre au sujet des affaires de ces contrées lointaines.

Tout nous porte à croire que le fort Rouge fut abandonné vers 1744, époque où le fort la Reine paraît avoir été le quartier-général des découvreurs. On sait que, en 1750, le fort Rouge est désigné comme « ancien fort. » Jefferys dit, dans les explications qui accompagnent sa carte de 1761, que le fort Rouge fut déserté parce qu’il était trop rapproché du fort la Reine et du fort Maurepas. Sans la politique aveugle du ministère, ce poste n’eut pas été de trop, on le comprend, car l’abandonner c’était briser l’un des anneaux de la chaîne de communications entre le lac Supérieur et l’extrême ouest.

Une liste d’officiers du Canada à laquelle sont attachées des notes évidemment écrites par les autorités coloniales ou françaises, vers 1745, porte : « Lieutenant Varennes de la Vérendrye. Il a découvert la mer de l’ouest. Souvent malade. » D’après M. Margry, notre héros était le plus ancien lieutenant du Canada.

En 1741 des troubles se manifestèrent parmi les Sauvages autour des lacs du haut Canada. On eut à déplorer le meurtre de plusieurs Français, entre autre de huit hommes montant un canot, sur deux qui étaient partis de Montréal pour aller en traite à la mer de l’ouest. Le 23 juillet le capitaine de Noyelles « revenant de son voyage ordinaire à la mer de l’ouest » [1] et le chevalier de la Vérendrye, furent chargés en passant à Michillimakinac des lettres adressées au gouverneur-général de la part de M. de Noyelles, fils, commandant à ce poste en l’absence de M. de la Corne, père.[2] Le 13 août, ils étaient arrivés à Québec. Le 14 octobre on reçut à Québec des nouvelles de Michillimakinac portant que le chevalier de la Vérendrye y était arrivé et qu’il avait trouvé ce poste très calme.

Au printemps de 1747, le sieur de la Vérendrye, fils, commandait un parti de Christinaux et autres guerriers qui s’avança jusqu’aux environs d’Albany où il défit une troupe de Hollandais et d’Iroquois, prit un Hollandais et s’en retourna à Montréal où il parvint le 29 mars. Il rapportait deux chevelures dont l’une était celle d’un chef iroquois marquant et l’autre celle d’un Hollandais. La dépêche ajoute que ce premier coup porté aux Iroquois ne saurait manquer de les effrayer. Nous étions alors en guerre contre les colonies anglaises et les Iroquois combattaient pour ces dernières, selon leur ancienne coutume. Le 20 juin suivant le gouverneur-général écrit que l’enseigne de la Ronde et le chevalier de La Vérendrye sont partis de Québec, le premier pour Chagouamigon et le second pour la mer de l’ouest. En même temps il donne au lieutenant Le Gardeur de Saint-Pierre, commandant à Michillimakinac, des instructions au sujet des permis de traite pour les postes du nord, faisant observer que, dans le cas où « les postes de la mer de l’ouest et du lac Nipigon seraient abandonnés » il y aurait à craindre que les Anglais de la baie d’Hudson ne s’emparassent

  1. Cette phrase montrerait que M. de Noyelles avait déjà fait au moins un voyage à l’ouest avant l’été de 1746 et cela en qualité de chef ou commandant de cette région.
  2. Ce doit être Jean-Louis de la Corne, alors âgé de plus de soixante et quinze ans.