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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

Il fallait un cri, un mot d’ordre pour justifier en quelque sorte les représailles cruelles des gouvernants. On en créa un qui ne pouvait manquer d’être pris au sérieux en Angleterre : « la rébellion des Canadiens-Français ». Tout fut dit à partir du jour où cette phrase parut imprimée. Il ne pouvait y avoir en révolte contre l’Angleterre que des Canadiens-Français ! Qu’importe que les « rebelles » aient été dans la proportion de un homme sur huit cents âmes — toute la nation était coupable ! Qu’importe que les Anglais du Haut-Canada se soient soulevés en bien plus grand nombre et qu’ils aient attiré à eux les flibustiers des États-Unis ! C’est toujours la rébellion des Canadiens-Français !

Quant aux idées politiques qui animaient Mackenzie dans le Haut-Canada, Papineau dans le Bas, on s’en montre fier aujourd’hui — mais on regimbe lorsqu’il faut donner crédit — comme on s’exprime en termes de commerce — aux porte-étendards de ces idées. Bien des gens qui jouissent des bienfaits de la révolution française n’agissent pas autrement en Europe.

Dans son rapport, lord Durham ne dit pas de mal des Canadiens. Il va même jusqu’à faire leur éloge — mais il cherche avec adresse à découvrir le moyen de les faire disparaître comme nationalité distincte. Ceci est de bonne guerre.

Le Haut-Canada devait une très forte somme aux banquiers Baring, de Londres. On bâcla une constitution politique (1840) destinée à unir les deux provinces et par conséquent imposer au Bas-Canada la moitié de la dette du Haut, tout en combinant les rouages administratifs de manière à anéantir l’influence des Canadiens dans le nouvel ordre de choses. M. Poulett Thompson, gendre de Baring, fut nommé gouverneur-général. En apprenant cela, M. P.-J.-O. Chauveau écrivit une pièce de vers qui commence par cet hémistiche :

« C’est le jour des banquiers ! »