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hélène swarth.

XV.

LE JARDIN.


Le maigre merisier, le maronnier malade,
Dans l’humide jardin où tout s’étiolait,
Où miaulaient d’amour les doux chats en balade,
M’empêchent d’admirer la salubre forêt.

Lentement chuchotaient les peupliers flexibles,
Balancés par le vent qui soufflait de la mer,
Des mots mystérieux, des mots de sphinx terribles.
Et les buis embaumaient d’un parfum doux-amer.

En Mai, le merisier malingre, aux fleurs moroses,
Exhalait un arôme étrange et presqu’humain.
En Juin, l’ingrat parterre, où se mouraient les roses,
Avait de pâles fleurs, s’effeuillant dans la main.

Les œillets y mêlaient leur fine odeur poivrée,
Du soleil avivait le gazon de velours.
J’allais à pas menus, de mon rêve occupée,
De mon rêve déçu, de mes regrets trop lourds.