Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/117

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étaient si grands, qu’il me fut impossible d’en supputer la hauteur.

Je tâchais de trouver quelque ouverture dans la haie, quand je découvris un des habitans dans le champ prochain, de la même taille que celui que j’avais vu dans la mer poursuivant notre chaloupe. Il me parut aussi haut qu’un clocher ordinaire, et il faisait environ cinq toises à chaque enjambée, autant que je pus conjecturer. Je fus frappé d’une frayeur extrême, et je courus me cacher dans le blé, d’où je le vis s’arrêter à une ouverture de la haie, jetant les yeux çà et là, et appelant d’une voix plus grosse et plus retentissante que si elle fût sortie d’un porte-voix ; le son était si fort et si élevé dans l’air que d’abord je crus entendre le tonnerre. Aussitôt sept hommes de sa taille s’avancèrent vers lui, chacun une faucille à la main, chaque faucille étant de la grandeur de six faux. Ces gens n’étaient pas si bien habillés que le premier, dont ils semblaient être les domestiques. Selon les ordres qu’il leur donna, ils allèrent pour couper le blé dans le champ où j’étais couché. Je m’éloignai d’eux autant que je pus ; mais je ne me remuais qu’avec une difficulté extrême ; car les tuyaux de blé n’étaient pas quelquefois distans de plus d’un pied l’un de l’autre, en sorte que je ne pouvais guère marcher dans