Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/134

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et, à l’égard de l’ignominie d’être porté çà et là comme un monstre, je songeai qu’une telle disgrâce ne me pourrait jamais être reprochée, et ne flétrirait point mon honneur lorsque je serais de retour en Angleterre, parce que le roi même de la Grande-Bretagne, s’il se trouvait en pareille situation, aurait un pareil sort.

Mon maître, suivant l’avis de son ami, me mit dans une caisse, et, le jour du marché suivant, me mena à la ville prochaine avec sa petite fille. La caisse était fermée de tous côtés, et était seulement percée de quelques trous pour laisser entrer l’air. La fille avait pris le soin de mettre sous moi le matelas du lit de sa poupée ; cependant je fus horriblement agité et rudement secoué dans ce voyage, quoiqu’il ne durât pas plus d’une demi-heure. Le cheval faisait à chaque pas environ quarante pieds, et trottait si haut, que l’agitation était égale à celle d’un vaisseau dans une tempête furieuse : le chemin était un peu plus long que de Londres à Saint-Albans. Mon maître descendit de cheval à une auberge où il avait coutume d’aller ; et, après avoir pris conseil avec l’hôte, et avoir fait quelques préparatifs nécessaires, il loua le grultrud ou le crieur public, pour donner avis à toute la ville d’un petit animal étranger, qu’on ferait voir à l’enseigne de l’Aigle verte, qui était moins