Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/137

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parler de moi, se rendirent à la maison de mon maître. Il y en eut un jour plus de trente, avec leurs femmes et leurs enfans, car ce pays, aussi bien que l’Angleterre, est peuplé de gentilshommes fainéans et désœuvrés.

Mon maître, considérant le profit que je pouvais lui rapporter, résolut de me faire voir dans les villes du royaume les plus considérables. S’étant donc fourni de toutes les choses nécessaires à un long voyage, après avoir réglé ses affaires domestiques et dit adieu à sa femme, le dix-septième août 1703, environ deux mois après mon arrivée, nous partîmes pour nous rendre à la capitale, située vers le milieu de cet empire, et environ à quinze cents lieues de notre demeure. Mon maître fit monter sa fille en trousse derrière lui : elle me porta dans une boîte attachée autour de son corps, doublée du drap le plus fin qu’elle avait pu trouver.

Le dessein de mon maître fut de me faire voir sur la route, dans toutes les villes, bourgs et villages un peu fameux, et de parcourir même les châteaux de la noblesse qui l’éloigneraient peu de son chemin. Nous faisions de petites journées, seulement de quatre-vingts ou cent lieues ; car Glumdalclitch, exprès pour m’épargner de la fatigue, se plaignit qu’elle était bien incommodée du trot du cheval. Souvent elle me