Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/143

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je fusse long-temps hors de sa présence, entra, et dit à sa majesté comment j’avais été trouvé dans un champ.

Le roi, aussi savant qu’aucune personne de ses États, avait été élevé dans l’étude de la philosophie, et surtout des mathématiques. Cependant, quand il vit de près ma figure et ma démarche, avant que j’eusse commencé à parler, il s’imagina que je pourrais être une machine artificielle comme celle d’un tournebroche, ou tout au plus d’une horloge inventée et exécutée par un habile artiste ; mais quand il eut trouvé du raisonnement dans les petits sons que je rendais, il ne put cacher son étonnement et son admiration.

Il envoya chercher trois fameux savans qui alors étaient de quartier à la cour et dans leur semaine de service (selon la coutume admirable de ce pays). Ces messieurs, après avoir examiné de près ma figure avec beaucoup d’exactitude, raisonnèrent différemment sur mon sujet. Ils convenaient tous que je ne pouvais pas être produit suivant les lois ordinaires de la nature, parce que j’étais dépourvu de la faculté naturelle de conserver ma vie, soit par l’agilité, soit par la facilité de grimper sur un arbre, soit par le pouvoir de creuser la terre, et d’y faire des trous pour m’y cacher comme les lapins. Mes