Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/151

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Je supputai que notre carrosse était environ en carré comme la salle de Westminster, mais pas tout-à-fait si haut. Un jour, nous fîmes arrêter le carrosse à plusieurs boutiques, où les mendians, profitant de l’occasion, se rendirent en foule aux portières, et me fournirent les spectacles les plus affreux qu’un œil anglais ait jamais vus. Comme ils étaient difformes, estropiés, sales, malpropres, couverts de plaies, de tumeurs et de vermine, et que tout cela me paraissait d’une grosseur énorme, je prie le lecteur de juger de l’impression que ces objets firent sur moi, et de m’en épargner la description.

Les filles de la reine priaient souvent Glumdalclitch de venir dans leurs appartements, et de m’y porter avec elle, pour avoir le plaisir de me voir de près. Souvent elles me dépouillaient de mes habits, et me mettaient nu de la tête jusqu’aux pieds, pour mieux considérer la délicatesse de mes membres. En cet état elles me flattaient, me mettaient quelquefois dans leur sein, et me faisaient mille petites caresses ; mais aucune d’elles n’avait la peau si douce que Glumdalclitch.

Je suis persuadé qu’elles n’avaient pas de mauvaises intentions : elles me traitaient sans cérémonie, comme une créature sans consé-