Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/198

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notre retour en Angleterre je voudrais bien en écrire la relation et la donner au public. Je répondis que je croyais que nous avions déjà trop de livres de voyages ; que mes aventures passeraient pour un vrai roman et pour une action ridicule ; que ma relation ne contiendrait que des descriptions de plantes et d’animaux extraordinaires, de lois, de mœurs et d’usages bizarres ; que ces descriptions étaient trop communes, et qu’on en était las ; et, n’ayant rien autre chose à dire touchant mes voyages, ce n’était pas la peine de les écrire. Je le remerciai de l’opinion avantageuse qu’il avait de moi.

Il me parut étonné d’une chose, qui fut de m’entendre parler si haut, me demandant si le roi et la reine de ce pays étaient sourds. Je lui dis que c’était une chose à laquelle j’étais accoutumé depuis plus de deux ans, et que j’admirais de mon côté sa voix et celle de ses gens, qui me semblaient toujours me parler bas et à l’oreille, mais que, malgré cela, je les pouvais entendre assez bien ; que, quand je parlais dans ce pays, j’étais comme un homme qui parle dans la rue à un autre qui est monté au haut d’un clocher, excepté quand j’étais mis sur une table ou tenu dans la main de quelque personne. Je lui dis que j’avais même remarqué une autre chose, c’est que, d’abord que