Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/201

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des vivres et faire de l’eau ; pour moi, je ne sortis point du vaisseau que nous ne fussions arrivés aux Dunes. Ce fut, je crois, le trois de juin mil sept sept six, environ neuf mois après ma délivrance. J’offris de laisser mes meubles pour la sûreté du paiement de mon passage ; mais le capitaine protesta qu’il ne voulait rien recevoir. Nous nous dîmes adieu très-affectueusement, et je lui fis promettre de me venir voir à Redriff. Je louai un cheval et un guide pour un écu que me prêta le capitaine.

Pendant le cours de ce voyage, remarquant la petitesse des maisons, des arbres, du bétail et du peuple, je pensais me croire encore à Lilliput : j’eus peur de fouler aux pieds les voyageurs que je rencontrais, et je criai souvent pour les faire reculer du chemin : en sorte que je courus risque une ou deux fois d’avoir la tête cassée pour mon impertinence.

Quand je me rendis à ma maison, que j’eus de la peine à reconnaître, un de mes domestiques ouvrant la porte, je me baissai pour entrer, de crainte de me blesser la tête ; cette porte me semblait un guichet. Ma femme accourut pour m’embrasser, mais je me courbai plus bas que ses genoux, songeant qu’elle ne pourrait autrement atteindre ma bouche. Ma fille se mit à mes genoux pour me demander