Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/224

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de tomber dans quelque précipice, de se heurter la tête contre quelque poteau, de pousser les autres dans les rues, ou d’en être jeté dans le ruisseau.

On me fit monter au sommet de l’île, et entrer dans le palais du roi, où je vis sa majesté sur un trône environné de personnes de la première distinction. Devant le trône était une grande table couverte de globes, de sphères et d’instrumens de mathématiques de toutes espèce. Le roi ne prit point garde à moi lorsque j’entrai, quoique la foule qui m’accompagnait fît un très-grand bruit : il était alors appliqué à résoudre un problème, et nous fûmes devant lui au moins une heure entière à attendre que sa majesté eût fini son opération : il avait auprès de lui deux pages qui avaient des vessies à la main, dont l’un, lorsque sa majesté eut cessé de travailler, le frappa doucement et respectueusement à la bouche, et l’autre à l’oreille droite. Le roi parut alors comme se réveiller en sursaut ; et, jetant les yeux sur moi et sur le monde qui m’entourait, il se rappela ce qu’on lui avait dit de mon arrivée peu de temps auparavant : il me dit quelques mots, et aussitôt un jeune homme armé d’une vessie s’approcha de moi et m’en donna sur l’oreille droite ; mais je fis signe qu’il était inutile de prendre cette