Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/241

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


maisons en si mauvais état et si délabrées, un peuple si gueux et si misérable.

Le seigneur Munodi avait été plusieurs années gouverneur de Lagado ; mais, par la cabale des ministres, il avait été déposé, au grand regret du peuple. Cependant le roi l’estimait comme un homme qui avait des intentions droites, mais qui n’avait pas l’esprit de la cour.

Lorsque j’eus ainsi critiqué librement le pays et ses habitans, il ne me répondit autre chose sinon que je n’avais pas été assez long-temps parmi eux pour en juger, et que les différens peuples du monde avaient des usages différens ; il me débita plusieurs autres lieux communs semblables ; mais, quand nous fûmes de retour chez lui, il me demanda comment je trouvais son palais, quelles absurdités j’y remarquais, et ce que je trouvais à redire dans les habits et dans les manières de ses domestiques. Il pouvait me faire aisément cette question, car chez lui tout était magnifique, régulier et poli. Je répondis que sa grandeur, sa prudence et ses richesses, l’avaient exempté de tous les défauts qui avaient rendu les autres fous et gueux : il me dit que, si je voulais aller avec lui à sa maison de campagne, qui était à vingt milles, il aurait plus de loisir de m’entretenir sur tout cela. Je répondis à son excellence que je ferais tout ce qu’elle