Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/282

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


outrés. Je m’écriai, comme dans une espèce de ravissement et d’enthousiasme : Heureuse nation, dont tous les enfans à naître peuvent prétendre à l’immortalité ! Heureuse contrée, où les exemples de l’ancien temps subsistent toujours, où la vertu des premiers siècles n’a point péri, et où les premiers hommes vivent encore, et vivront éternellement, pour donner des leçons de sagesse à tous leurs descendans ! Heureux ces sublimes struldbruggs qui ont le privilége de ne point mourir, et que par conséquent l’idée de la mort n’intimide point, n’affaiblit point, n’abat point !

Je témoignai ensuite que j’étais surpris de n’avoir encore vu aucun de ces immortels à la cour ; que, s’il y en avait, la marque glorieuse empreinte sur leur front m’aurait sans doute frappé les yeux. Comment, ajoutai-je, le roi, qui est un prince si judicieux, ne les emploie-t-il point dans le ministère, et ne leur donne-t-il point sa confiance ? Mais peut-être que la vertu rigide de ces vieillards l’importunerait et blesserait les yeux de sa cour. Quoi qu’il en soit, je suis résolu d’en parler à sa majesté à la première occasion qui s’offrira ; et, soit qu’elle défère à mes avis ou non, j’accepterai en tout cas l’établissement qu’elle a eu la bonté de m’offrir dans ses États, afin de pouvoir passer le