Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/303

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posé, j’avançai dans les terres, résolu de me livrer au premier sauvage que je rencontrerais, et de racheter ma vie, si je pouvais, par quelques petites bagues, par quelques bracelets, et autres bagatelles, dont les voyageurs ne manquent jamais de se pourvoir, et dont j’avais une certaine quantité dans mes poches.

Je découvris de grands arbres, de vastes herbages et des champs où l’avoine croissait de tous côtés. Je marchais avec précaution, de peur d’être surpris ou de recevoir quelque coup de flèche. Après avoir marché quelque temps, je tombai dans un grand chemin où je remarquai plusieurs pas d’hommes et de chevaux, et quelques-uns de vaches. Je vis en même temps un grand nombre d’animaux dans un champ, et un ou deux de la même espèce perchés sur un arbre. Leur figure me parut surprenante ; et quelques-uns s’étant un peu approchés, je me cachai derrière un buisson pour les mieux considérer.

De longs cheveux leur tombaient sur le visage ; leur poitrine, leur dos et leurs pattes de devant étaient couverts d’un poil épais : ils avaient de la barbe au menton comme des boucs, mais le reste de leur corps était sans poil, et laissait voir une peau très-brune. Ils n’avaient point de queue : ils se tenaient tantôt assis sur l’herbe,