Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/316

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


lui, et il me sembla s’entretenir long-temps à mon sujet avec son ami, qui me regardait de temps en temps et répétait souvent le mot de yahou.

Depuis quelques moments j’avais mis mes gants : le maître gris pommelé s’en étant aperçu, et ne voyant plus mes mains telles qu’il les avait vues d’abord, fit plusieurs signes qui marquaient son étonnement et son embarras : il me les toucha deux ou trois fois avec son pied, et me fit entendre qu’il souhaitait qu’elles reprissent leur première figure. Aussitôt je me dégantai, ce qui fit parler toute la compagnie, et leur inspira de l’affection pour moi. J’en ressentis bientôt les effets ; on s’appliqua à me faire prononcer certains mots que j’entendais, et on m’apprit les noms de l’avoine, du lait, du feu, de l’eau et de plusieurs autres choses. Je retins tous ces noms, et ce fut alors, plus que jamais, que je fis usage de cette prodigieuse facilité que la nature m’a donné pour apprendre les langues.

Lorsque le dîner fut fini, le maître cheval me prit en particulier, et, par des signes joints à quelques mots, me fit entendre la peine qu’il ressentait de voir que je ne mangeais point, et que je ne trouvais rien qui fût de mon goût. Hlunnh, dans leur langue, signifie de l’avoine.