Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/324

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qu’il ne me prît pour un vrai yahou et qu’il ne me mît dans leur compagnie.

J’ai déjà dit au lecteur que tous les soirs, quand toute la maison était couchée, ma coutume était de me déshabiller et de me couvrir de mes habits. Un jour mon maître m’envoya de grand matin son laquais le bidet alezan. Lorsqu’il entra dans ma chambre, je dormais profondément ; mes habits étaient tombés, et ma chemise était retroussée : je me réveillai au bruit qu’il fit, et je remarquai qu’il s’acquittait de sa commission d’un air inquiet et embarrassé. Il s’en retourna aussitôt vers son maître, et lui raconta confusément ce qu’il avait vu. Lorsque je fus levé, j’allai souhaiter le bonjour à son honneur (c’est le terme dont on se sert parmi les Houyhnhnms, comme nous nous servons de ceux d’altesse, de grandeur et de révérence) : il me demanda d’abord ce que c’était son laquais lui avait raconté ce matin ; qu’il lui avait dit que je n’étais pas le même endormi qu’éveillé, et que lorsque j’étais couché j’avais une autre peau que debout.

J’avais jusque-là caché ce secret, comme j’ai dit, pour n’être point confondu avec la maudite et infâme race des yahous : mais, hélas ! il fallut alors me découvrir malgré moi. D’ailleurs, mes habits et mes souliers commençaient à s’user ;