Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/326

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son paturon, et les examina attentivement ; il me flatta, me caressa, et tourna plusieurs fois autour de moi, après quoi il me dit gravement qu’il était clair que j’étais un vrai yahou, et que je ne différais de tous ceux de mon espèce qu’en ce que j’avais la chair moins dure et plus blanche, avec une peau plus douce ; qu’en ce que je n’avais point de poil sur la plus grande partie de mon corps ; que j’avais les griffes plus courtes et un peu autrement configurées, et que j’affectais de ne marcher que sur mes pieds de derrière. Il n’en voulut pas voir davantage, et me laissa m’habiller ; ce qui me fit plaisir, car je commençais à avoir froid.

Je témoignai à son honneur combien il me mortifiait de me donner sérieusement le nom d’un animal infâme et odieux. Je le conjurai de vouloir bien m’épargner une dénomination si ignominieuse, et de recommander la même chose à sa famille, à ses domestiques et à tous ses amis : mais ce fut en vain. Je le priai en même temps de vouloir bien ne faire part à personne du secret que je lui avais découvert touchant mon vêtement, au moins tant que je n’aurais pas besoin d’en changer ; et que pour ce qui regardait le laquais alezan son honneur pouvait lui ordonner de ne point parler de ce qu’il avait vu.