Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/329

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Il m’assura positivement qu’il ne s’offenserait de rien. Alors, je lui dis que le vaisseau avait été construit par des créatures qui étaient semblables à moi, et qui, dans mon pays et dans toutes les parties du monde où j’avais voyagé, étaient les seuls animaux maîtres, dominans et raisonnables ; qu’à mon arrivée en ce pays j’avais été extrêmement surpris de voir les Houyhnhnms agir comme des créatures douées de raison, de même que lui et tous ses amis étaient fort étonnés de trouver des signes de cette raison dans une créature qu’il leur avait plu d’appeler un yahou, et qui ressemblait, à la vérité, à ces vils animaux par sa figure extérieure, mais non par les qualités de son âme. J’ajoutai que, si jamais le ciel permettait que je retournasse dans mon pays, et que j’y publiasse la relation de mes voyages, et particulièrement celle de mon séjour chez les Houyhnhnms, tout le monde croirait que je dirais la chose qui n’est point, et que ce serait une histoire fabuleuse et impertinente que j’aurais inventée ; enfin que, malgré tout le respect que j’avais pour lui, pour toute son honorable famille, et pour tous ses amis, j’osais assurer qu’on ne croirait jamais dans mon pays qu’un Houyhnhnm fût un animal raisonnable, et qu’un yahou ne fût qu’une bête.