Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/332

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quoique vos yahous se flattent d’avoir un peu de raison, les Houyhnhnms sont toujours les maîtres, comme ici. Plût au ciel seulement que nos yahous fussent aussi dociles et aussi bons domestiques que ceux de votre pays ! Mais poursuivez, je vous prie.

Je conjurai son honneur de vouloir me dispenser d’en dire davantage sur ce sujet, parce que je ne pouvais, selon les règles de la prudence, de la bienséance et de la politesse, lui expliquer le reste. Je veux savoir tout, me répliqua-t-il ; continuez, et ne craignez point de me faire de la peine. Eh bien, lui dis-je, puisque vous le voulez absolument, je vais vous obéir. Les Houyhnhnms, que nous appelons chevaux, sont parmi nous des animaux très-beaux et très-nobles, également vigoureux et légers à la course. Lorsqu’ils demeurent chez les personnes de qualité, on leur fait passer le temps à voyager, à courir, à tirer des chars, et on a pour eux toutes sortes d’attention et d’amitié, tant qu’ils sont jeunes et qu’ils se portent bien ; mais dès qu’ils commencent à vieillir ou à avoir quelques maux de jambes, on s’en défait aussitôt, et on les vend à des yahous qui les occupent à des travaux durs, pénibles, bas et honteux, jusqu’à ce qu’ils meurent. Alors, on les écorche, on vend leur peau, et on aban-