Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/340

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personne dont l’imagination est frappée du récit d’une chose qu’elle n’a jamais vue, et dont elle n’a jamais ouï parler ; qui baisse les yeux, et ne peut exprimer par ses paroles sa surprise et son indignation.

Ces idées, pouvoir, gouvernement, guerre, loi, punition et plusieurs autres idées pareilles, ne peuvent se représenter dans la langue des Houyhnhnms que par de longues périphrases. J’eus donc beaucoup de peine lorsqu’il me fallut faire à mon maître une relation de l’Europe, et particulièrement de l’Angleterre, ma patrie.


CHAPITRE V.

L’auteur expose à son maître ce qui ordinairement allume la guerre entre les princes de l’Europe : il lui explique ensuite comment les particuliers se font la guerre les uns aux autres. — Portraits des procureurs et des juges d’Angleterre.

Le lecteur observera, s’il lui plaît, que ce qu’il va lire est l’extrait de plusieurs conversations que j’ai eues en différentes fois, pendant deux années, avec le Houyhnhnm mon maître. Son honneur me faisait des questions, et exigeait de moi des récits détaillés à mesure que