Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/349

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côté la justice et le bon droit, je ne laisse pas de me trouver alors dans deux embarras considérables : le premier est que l’yahou auquel j’ai eu recours pour plaider ma cause est, par état et selon l’esprit de sa profession, accoutumé dès sa jeunesse à soutenir le faux, en sorte qu’il se trouve comme hors de son élément lorsque je lui donne la vérité pure et nue à défendre ; il ne sait alors comment s’y prendre : le second embarras est que ce même procureur, malgré la simplicité de l’affaire dont je l’ai chargé, est pourtant obligé de l’embrouiller, pour se conformer à l’usage de ses confrères, et pour la traîner en longueur autant qu’il est possible, sans quoi ils l’accuseraient de gâter le métier, et de donner mauvais exemple. Cela étant, pour me tirer d’affaire il ne me reste que deux moyens : le premier est d’aller trouver le procureur de ma partie, et de tâcher de le corrompre en lui donnant le double de ce qu’il espère recevoir de son client ; et vous jugez bien qu’il ne m’est pas difficile de lui faire goûter une proposition aussi avantageuse : le second moyen, qui peut-être vous surprendra, mais qui n’est pas moins infaillible, est de recommander à cet yahou qui me sert d’avocat de plaider ma cause un peu confusément, et de faire entrevoir aux juges qu’effectivement ma vache pourrait bien